Prendre la poudre ou la plume d’escampette?

J’ai nommé mon voyage d’écriture au Mexique Plume d’Escampette et j’avoue que j’aime bien ce titre. Non seulement il évoque l’expression « poudre d’escampette » comme dans « prendre la poudre d’escampette » qui désigne le fait de s’enfuir pour se sortir d’une situation délicate (genre un hiver trop long… ;-), mais la plume, qui remplace ici la poudre, évoque en plus le fait qu’on va écrire !

Sachez, chers lecteurs assidus, que j’ai fait usage ici d’une PARONOMASE.

Hé oui ! Encore une figure de style ! On n’en finit plus d’apprendre des choses dans ce blogue !

La paronomase consiste à utiliser dans un même énoncé des paronymes, c’est-à-dire des mots dont la prononciation et l’orthographe se ressemblent, mais dont le sens diffère. Cette figure de style est généralement présentée de façon explicite, les deux paronymes apparaissant dans la phrase. Exemple:

  • Délice pour les uns, délire pour les autres. (Gilles Lesage)
  • Aucun recours. Aucun secours de personne. (Nathalie Sarraute)
  • Je m’instruis mieux par fuite que par suite. (Montaigne)
  • Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville. (Verlaine)
  • Qui s’excuse s’accuse.

Il arrive aussi, et c’est le cas dans Plume d’escampette, que cette figure de style soit présentée de façon implicite, c’est-à-dire qu’un seul des paronymes est présent dans la phrase, l’autre étant sous-entendu. Autrement dit, celui qui est cité prend la place de l’autre, dans une phrase où c’est l’autre que l’on attend. Exemple:

  • (…) qu’ils aillent offrir au champ d’horreur (au lieu de champ d’honneur) leurs vingt ans qui n’avaient pu naître (J. Brel)
  • Le personnage se traîna jusqu’à la fenêtre pour respirer un peu d’air vrai (au lieu d’air frais) (Gilbert Cesbron)

Joli, non ? Souvent utilisée dans la publicité, la paronomase facilite la mémorisation d’un slogan, d’une idée.

Mais toute cette réflexion m’a également menée ailleurs. Si on s’en tient à la poudre (d’escampette, j’entends), je me suis demandée d’où pouvait bien provenir cette expression. Parce que le mot escampette, je ne sais pas vous, mais moi, ça ne me dit rien. Alors voilà le fruit de ma recherche.

L’escampette serait un diminutif du mot « escampe » qui, au XVIe siècle, désignait la fuite (comme dans « prendre l’escampe »). Le mot « escampe » est lui-même issu du verbe « escamper » qui, au XIVe siècle, signifiait se sauver. De nos jours, ce mot n’est plus utilisé sauf dans l’expression poudre d’escampette.

Mais, me direz-vous, va pour l’escampette mais qu’est-ce que la poudre fait là?

Pour répondre à ceci, plusieurs hypothèses ont été émises.

La première fait référence aux poudres, principalement purgatives, vendues par les charlatans et très répandues au XVIIème siècle. A l’époque, ces poudres, en réalité très peu efficaces, étaient supposées servir de remèdes à tous les maux. On retrouve ici la notion d’échapper à quelque chose, de se sortir d’une situation déplaisante, qui pourrait expliquer en partie le sens actuel.

Une autre explication fait allusion à la poudre qui, en explosant, provoque la fuite.

Mais l’explication la plus plausible, c’est que la poudre ferait référence à la poussière qu’un fuyard soulève derrière lui en courant. Voilà!

En québécois, bien sûr, on pourrait remplacer l’expression « prendre la poudre d’escampette » par « sacrer le camp ».

D’accord! En premier lieu, trouvez quelques paronymes de votre cru (sommeil-soleil, branche planche) et ensuite, utilisez-les dans un texte ou une phrase. Bien hâte de vous lire!

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