La synesthésie: figure de style ou phénomène neurologique?

Dans l’un des blogues précédents, j’ai fait référence à une figure de style peu connue : la synesthésie.

La synesthésie est une figure de style qui fait appel, pour définir une perception, à un terme normalement réservé à des sensations d’ordre différent. Les écrivains l’utilisent pour exprimer des nuances d’impressions ou de sentiments.

Il y a des synesthésies qui font partie des expressions courantes au point où on ne les remarque même plus !

Par exemple l’expression une couleur criarde fait référence à la fois au sens de la vue (couleur) et à l’ouïe (criarde). Même chose avec l’expression un son perçant qui évoque l’ouïe (son) et le toucher (perçant).

Mais c’est quand on invente de nouvelles synesthésies pour faire image qu’on peut admirer le style de la figure !

En voici quelques exemples :

  • Je croyais entendre la clarté de la lune chanter dans les bois. (Chateaubriand)
  • Les parfums pourpres du soleil des pôles (Rimbaud)
  • Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants (Beaudelaire)
  • Je sens l’âcre odeur d’une bien sombre musique (anonyme)

Le mot synesthésie est d’autant plus intéressant qu’il désigne également un phénomène neurologique qui frapperait 4% de la population et par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Par exemple, une personne qui est atteinte de la synesthésie « graphèmes-couleurs » percevra les lettres de l’alphabet ou les nombres comme colorés alors que dans une synesthésie dite numérique, les nombres sont systématiquement associés avec des positions dans l’espace. Selon l’Association américaine de synesthésie, on dénombrerait 152 formes de synesthésies. C’est pas rien ! La synesthésie impliquant des formes et couleurs serait la plus répandue, alors que la synesthésie impliquant des goûts et odeurs serait plutôt rare. Fin de la parenthèse neurologique.

Prochaine étape… vous me voyez venir… je vous invite à écrire un petit texte dans lequel on retrouvera quelques synesthésies (et pourquoi pas un ou deux oxymores, une autre figure de style qu’on a vue dans un blogue précédent). Tiens, je vous en lance une comme ça, inspirée d’un bref coup d’œil à ma cour arrière en ce matin frisquet de mai.

« Les arbres peu à peu se recouvrent du vert frissonnant d’un printemps incertain ».

À votre tour, maintenant !

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